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3. C'est bien moi !

- J'ai hâte de rencontrer le fameux contremaître, il paraît qu'il a dessiné le plan de la maison et l'a proposé à l'architecte, celui-ci passe son temps à faire des éloges disant que ce monsieur d'un certain âge était sur tous les fronts. On ne sait pas d'où provient son matériel, il a réussi à gagner la confiance de l'architecte.

- C'est curieux que depuis tout ce temps tu n'aies pas pu le rencontrer et encore moins lui parler.

- Je t'assure, l'essentiel est que le travail ait été bien effectué

- Les photos et vidéos que nous avons reçues sont géniales, je n'ai pas besoin de stresser pour aménager

- A 8 mois et demi, je te vois mal en train de tout gérer, figure toi que c'est une dame, recommandée par le contre-maître qui a fait office de décoratrice intérieure, il parait que ses enfants étaient tout le temps avec elle et mettaient la main à la pâte.

-  Waw, quand je pense que j'appréhendais plus ce voyage en voiture...

Au même moment, un monsieur ayant l'apparence d'un autochtone, dandinant avec une bouteille d'alcool en main, surgit de nulle-part et leur fit signe de changer de route.

Enervé,  Yoakim  freina brusquement, descendit de la voiture :

"Allez cuver votre vin ailleurs, vous êtes malade de ..."

Au même instant deux voitures dépassèrent la leur, c'était une course poursuite, on entendit des coups de feux et des crissements de pneus...

Yoakim réalisa qu'ils venaient certainement d'échapper à la mort, tout honteux il s'excusa auprès du monsieur qu'il était sur le point d'empoigner.

" Il n'est plus nécessaire que vous changiez de chemin, le danger est écarté , vous allez vraiment apprécier Donnacona, bonne route"

Yoakim était tellement dépassé, qu'il n'a pas eu le temps de réaliser que cet étrange personnage, lui avait parlé de sa destination, il remonta dans la voiture.

"Il nous a sauvé la vie  en venant se jeter devant nous..."

Elle baissa la vitre, pour lui témoigner  sa profonde gratitude, elle a été frappée par une chose, il portait exactement le même vêtement que " son vieil homme", sauf qu'il n'était plus de peau noire, mais il était un amérindien. Il avait exactement le même regard scintillant et plein de douceur, il puait l'alcool et la forte transpiration à distance.

C'est dans un silence méditatif qu'ils reprirent la route. Arrivés à hauteur du véhicule de police et de leurs renforts, ils virent un véritable champ de bataille. Un policier leur fit signe de s'arrêter.

- Vous avez eu un problème en route tout à l'heure, veuillez-nous excuser de ne pas vous avoir porté assistance mais vous voyez vous-mêmes de vos yeux...

- Soyez sans crainte monsieur l'agent, ce problème a été ma foi salvateur pour nous

- Vous auriez pu recevoir des balles perdues et faire une sortie de route.

- Effectivement.

La maison était belle, il  y avait une belle vue sur le Fleuve Saint Laurent, un fleuve qui traverse pratiquement toute la province du Québec, ce même fleuve qui se trouve au niveau du Vieux-Port de Montréal.

La décoratrice d'intérieur avait tellement bien travaillé, il ne restait plus qu'à remplir le réfrigérateur, faire un minimum de courses vitales et le tour était joué.

- Mouni, fais-moi une liste de courses, dis-moi ce que tu as envie de manger, je me charge de tout, je vais te faire couler un bain, restes-y jusqu'à mon retour, détend toi.

Tout avait été prévu, les senteurs, les bougies, le sel et le gel pour le bain, la serviette sur le rebord de la baignoire.

Tout avait été fait avec précision, propreté, professionnalisme, c'était un petit palace.

La chambre du bébé, une perle, elle n'aurait pas rêvé mieux. Le berceau était en bois, un véritable travail de maître, ce fameux contre-maître l'avait fait. Toutes les fois où elle regardait les sites ou les magazines spécialisés pour  bébés, elle n'avait jamais vu ce style de berceau, il avait de l'imagination, il faut absolument le retrouver et le recommander.

Jusque là, ils n'avaient pas choisi de nom pour le bébé, la grossesse arriva à son terme, Mounira était en plein travail, lorsque les contractions étaient supportables, elle parlait et rigolait avec Yoakim. Ils n'ont pas eu le courage de regarder le sexe du bébé et de lui choisir un nom, pour les deux précédentes grossesses ils l'avaient fait, cependant, aucune d'elles n'a pu tenir plus de 5 mois, cette fois-ci semblait être la bonne.

Yoakim tenait la main de Mounira, au moment où elle effectua sa dernière poussée, avant que la sage-femme ne put sortir l'enfant, elle vit une grande lumière dans la salle, il y avait sa défunte mère, un monsieur d'un certain âge, une très belle dame, et des  petits êtres qui jouaient avec le manteau de la dame qui portait un petit garçon dans ses bras: la Sainte Famille, mais oui ce ne pouvait qu'être la Sainte Famille, il n'y avait que leur représentation dans la chambre de ses parents et dans le bureau de son père.

L'enfant sortit, chacun d'eux s'approchèrent de Mounira en marquant son front du signe de la croix, comme le faisait à chaque fois Affouekan, même lorsque ses enfants étaient adultes et ce jusqu'à ce qu'elle décède.

Yoakim embrassa son épouse sur son front, c'était un garçon, la sage-femme le déposa sur le sein de sa mère, le couple fondit en larmes.

Lorsque le bébé fut nettoyé et remit à nouveau à ses parents, à la question de savoir comment il se prénommait, à l'unisson les nouveaux parents dirent :

"Youssef- Marie "

Ils éclatèrent de rire tous les deux :

- Mais comment ... ?

- Je l'ignore c'est sorti comme ça !

- C'est papa qui sera heureux , un autre Youssef dans la famille !

- Ta maman aussi si elle était en vie, Affouekan Marie Yao El Amine .

Le  jour de sa sortie d'hôpital, un autre fait incroyable se produisit, dans le parking , il était là, le vieil homme, il était radieux, il fit un sourire à Mounira, puis il se retourna et disparu. Elle réalisa que ce vieil homme n'était pas n'importe qui.

En vidéoconférence avec son père, elle ne manqua pas de lui relater les situations étranges depuis son arrivée au Canada.

- Tu sais de quelle origine provient mon prénom et celui de ton fils ? En hébreu il signifie: "le Seigneur ajoutera"

- Et c'est quoi l'origine ?

- Tu finiras par le découvrir très vite, tu n'es pas au bout de tes surprises, va te reposer , tu as un fils et les garçons mangent beaucoup.

- Tu vois souvent maman ?

- Elle est toujours avec nous, ce que tu as vu ne me surprend absolument pas.

- Mais pourquoi la Sainte Famille ?

- Va donc te reposer mon enfant, on se reparle demain, il fait nuit ici.

Mounira alla dans sa chambre, elle n'avait pas spécialement sommeil, mais elle ressentait le besoin de s'allonger et de fermer les yeux.

Soudain sa chambre devint lumineuse, un parfum d'une agréable odeur commença à se répandre dans la chambre, elle était dans l'incapacité de se lever, comme si elle était totalement paralysée.

Elle vit des formes se dessiner et se rapprocher d'elle, puis un homme, et une dame s'assirent à côté d'elle.

L'homme lui prit la main, et se mit à lui sourire, son regard, pour rien au monde elle ne pourra l'oublier, c'était bien lui, le fameux vieil homme.

- Mon enfant, c'est bien moi, tu es venue me rendre visite le 19 mars, il y a 6 ans environ, tu as allumé 4 cierges, tu as formulé une prière et tu as demandé que le Ciel te fasse un clin d'oeil, alors je me suis exécuté après avoir demandé la permission à mon Fils Adoptif notre Seigneur Jésus-Christ. Mais surtout après avoir vu aussi les intentions de ton père, qui étaient les mêmes que celles de ta défunte mère. Ta mère a tellement désiré que tu viennes à l'Oratoire, elle a même fait une promesse et elle l'a tenu jusqu'à son dernier souffle.

C'est moi que tu as rencontré à l'arrêt de bus avec mon matériel de charpentier.

C'est  moi que tu as vu sur ce banc, à qui tu as remis 100 dollars.

C'est moi qui ai fait apparaitre ton nom à la banque pour que tu puisses recevoir la somme de 5000 dollars et j'ai rajouté les 100 dollars que tu m'avais donné, et c'est encore moi qui a rajouté le terrain sur la liste de tes gains.

C'est moi que tu as vu partout.

C'est moi le fameux contremaître et je te présente la Bienheureuse Reine du Ciel qui aidée des chérubins a décoré entièrement ta maison.

Mounira était dans l'incapacité de parler, elle frissonnait et pleurait de joie, elle était émue, Dieu existait vraiment, il l'avait vraiment écouté et exaucé.

La dame s'adressa à elle :

" Ma belle enfant sache que le ciel est présent sur la terre et que les prières sont toujours entendues, Dieu prend seulement son temps, car il est le seul à connaître le temps favorable. Lorsque tu ne reçois aucune réponse de sa part, c'est parce qu'il a un tout autre plan. René , était tellement fragile que même si sa mort a été violente, elle a été salutaire pour plusieurs âmes, René avait décidé de choisir le Christ, il était différent des autres , il est allé jusqu'à réclamer le martyr pour que le monde soit sauvé, une telle âme ne pouvait pas rester sur terre. Il te fallait venir sur ta terre de bénédiction, ici, si les deux bébés étaient restés, tu ne serais jamais venu ici, et puis sache que tes bébés intercèdent toujours pour leurs parents, ils ont demandé un miracle pour leur papa, tu verras aujourd'hui même ce miracle."

"Mounira, lui dit l'homme, je suis Saint Joseph, le père nourricier et terrestre du Christ, je serai toujours là avec toi et ta famille, je vous ai inspiré le prénom de votre fils car Youssef est en fait Joseph. Ton père affiche une façade musulmane, mais il ne pratique plus depuis des années, mais il est bien là où il est. Il récite tous les jours son rosaire, tu l'ignorais.

Nous avons décidé de nous révéler à toi pour te montrer que le ciel fait effectivement des clins d'œil, il suffit tout simplement de se rendre disponible à  recevoir la grâce et à pouvoir la comprendre. Au fond de toi , tu as toujours su depuis ce jour qui j'étais, mais tu avais un gros doute sur mon apparence. Tu as ensuite cru que j'étais ton ange gardien.

Nous allons te quitter, tu ne nous verras plus, mais nous serons toujours présents. "

Ils disparurent cependant l'odeur resta plusieurs semaines dans la chambre, signe que le ciel était bien présent.

A la minute où la manifestation céleste prit fin, Yoakim entra dans la chambre, prit la main de sa femme, l'embrassa sur son front et lui dit :

- Cela va te paraître étrange, je me suis rendu dans une église tout à l'heure et j'ai parlé avec un prêtre, j'ai décidé de me faire baptiser et de croire en Dieu.

- Plus rien de m'étonne !

                                                                        FIN

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